LUMIÈRE SUR…
Choisir c’est renoncer et malheureusement, lorsque nous avons défini quel·le candidat·e de l’appel à participer serait publié·e dans la revue, il nous a fallu en éliminer d’autres. Toutefois, certains travaux nous avaient convaincus. C’est pourquoi nous avons décidé de créer la page « Lumière sur… ».
Celle-ci a pour vocation de mettre en avant, pour une durée d’un mois, une série photographique et un texte qui nous ont marqué·es.
Celle-ci a pour vocation de mettre en avant, pour une durée d’un mois, une série photographique et un texte qui nous ont marqué·es.
Anouk P & Julie Legrand
“C’est quand les autres dorment que l’on s’aperçoit que l’on ne dort pas.” Avec cette phrase Anouk P ouvre un espace, une possibilité. Tout comme la photographe Julie Legrand dans ses images aux ombres brumeuses. Il y a toujours un moment, un lieu, une heure où la vraisemblance cède face au possible. Un chien qui dort, une vague qui s’échoue… Qu’y a-t-il derrière le monde ?
Julie Legrand – Là où le monde
hésite
hésite












C’est quand les autres dorment que l’on s’aperçoit que l’on ne dort pas. Leur pesanteur se
répand d’un côté de notre lit, unilatérale, sans gêne. Un sillon se creuse, insurmontable.
Lourdeur molle, ce déséquilibre, c’est la souffrance de l’éveil, impureté des yeux ouverts. Que
dire de l’autre. Que pense l’autre? Il s’est déjà évaporé, ange goguenard, se moque de la
gravité et de toutes les lois des vivants. L’air qu’on brasse ici bas semble risible tant il en a
renié la nécessité.
Je m’impatiente, je m’écrase sous le noir de la nuit, cigarette comprise. Il resplendit là, sur ma couche. J’ai l’humeur venteuse, j’écoute sa vapeur qui s’époumone et qui disperse ma fumée acrimonieuse. Ce gisant n’a que faire du dehors, il vagabonde en lieu clos.
Sous cette masse invertébrée, c’est tambour battant, un évadé qui galope dans le monde
renversé. Il ne regarde pas le soleil se lever à travers notre fenêtre, non, ce n’est pas dans cette chair juteuse qu’il veut mordre.
Son corps ne suit plus qu’une route de brume qui se dessine à l’hallali, vrombit au cor de
chasse, allonge la foulée : à l’affût de l’inframonde il dresse ses oreilles, le feulement du vent lui indique la route, il hurle la clameur du petit matin.
Il traque autre chose, oui, c’est évident, il est en chasse. Il braconne. Mais à quoi ressemble
t-il, ce gibier chimérique? J’ai bien une idée, mais elle est trop incertaine, livresque et
rudimentaire, comme dans les encyclopédies d’enfant.
Ses babines se retroussent, dessinent un léger rictus, seule incise vers le dedans : pour sûr, il
court déjà bien vite, parmi les divins animaux, il dédale, gracile, effarouche et rafle l’aube et ses perles clinquantes.
Il va forcément la trouver, puisqu’il la cherche, fouille l’air de son désir. Imprécatrice de ses
convulsions nocturnes, elle est le trophée de ce monde songeux, parfumé, elle le hante, elle
l’appelle. Elle est fabuleuse cette nymphe, alanguie sur la rosée avec des ongles soignés. Elle
doit être d’une anatomie enviable – donc haïssable. Elle s’invite, s’installe et mange à notre
nuit, s’imagine sans doute que le crépuscule me suffit, qu’elle peut bien prendre l’aube.
Tu vas bientôt te cogner aux portes de ta peau.
Je te siffle, tu ne viens pas.
L’imperturbable enveloppe craquèle, placide, oublieuse.
Chien qui dort ne mord pas. Laisse à vif.
répand d’un côté de notre lit, unilatérale, sans gêne. Un sillon se creuse, insurmontable.
Lourdeur molle, ce déséquilibre, c’est la souffrance de l’éveil, impureté des yeux ouverts. Que
dire de l’autre. Que pense l’autre? Il s’est déjà évaporé, ange goguenard, se moque de la
gravité et de toutes les lois des vivants. L’air qu’on brasse ici bas semble risible tant il en a
renié la nécessité.
Je m’impatiente, je m’écrase sous le noir de la nuit, cigarette comprise. Il resplendit là, sur ma couche. J’ai l’humeur venteuse, j’écoute sa vapeur qui s’époumone et qui disperse ma fumée acrimonieuse. Ce gisant n’a que faire du dehors, il vagabonde en lieu clos.
Sous cette masse invertébrée, c’est tambour battant, un évadé qui galope dans le monde
renversé. Il ne regarde pas le soleil se lever à travers notre fenêtre, non, ce n’est pas dans cette chair juteuse qu’il veut mordre.
Son corps ne suit plus qu’une route de brume qui se dessine à l’hallali, vrombit au cor de
chasse, allonge la foulée : à l’affût de l’inframonde il dresse ses oreilles, le feulement du vent lui indique la route, il hurle la clameur du petit matin.
Il traque autre chose, oui, c’est évident, il est en chasse. Il braconne. Mais à quoi ressemble
t-il, ce gibier chimérique? J’ai bien une idée, mais elle est trop incertaine, livresque et
rudimentaire, comme dans les encyclopédies d’enfant.
Ses babines se retroussent, dessinent un léger rictus, seule incise vers le dedans : pour sûr, il
court déjà bien vite, parmi les divins animaux, il dédale, gracile, effarouche et rafle l’aube et ses perles clinquantes.
Il va forcément la trouver, puisqu’il la cherche, fouille l’air de son désir. Imprécatrice de ses
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l’appelle. Elle est fabuleuse cette nymphe, alanguie sur la rosée avec des ongles soignés. Elle
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Tu vas bientôt te cogner aux portes de ta peau.
Je te siffle, tu ne viens pas.
L’imperturbable enveloppe craquèle, placide, oublieuse.
Chien qui dort ne mord pas. Laisse à vif.
chien qui dort
Anouk P
Anouk P
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– Les exemplaires numérotés de 171 à 180 seront à 30€ (ÉPUISÉ)
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